AUTISME-MaP

 

MISE AU POINT

Le documentaire « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » a créé une violente polémique et m’a valu un courrier important qui m’a d’ailleurs permis d’être informé de l’existence de ce documentaire.

Je tiens à me désolidariser ouvertement de la position qui m’est prêtée par mes propos sortis de leur contexte et la manière dont ils prennent un sens des plus ambigus, voire choquant ou inadmissible du fait de l’utilisation qui en a été faite.
                         
Je tiens donc à m’expliquer ici brièvement sur mes interventions dans ce documentaire, sur mon rapport avec l’autisme et sur la contradiction entre les deux.

J’ai répondu aux correspondantes qui se sont adressées directement à moi à partir du contact qui figure sur mon site. D’autres correspondantes ont préféré s’adresser, en particulier au magazine ELLE. J’ai répondu à la rédaction de ce magazine en espérant qu’elle ferait suivre ma réponse à défaut d’en faire état dans ses colonnes. Mais comme j’imagine que cet ensemble de manifestations ne résume pas, loin s’en faut, le ressentiment d’un beaucoup plus grand nombre de mères d’autistes, j’ai souhaité m’adresser ici à chacune et répondre aux commentateurs et autres blogueurs qui tentent par tous moyens de nous opposer.

Je me suis exprimé dans différents ouvrages sur le rapport mère-enfant et suis toujours resté ouvert au dialogue avec des interlocuteurs, professionnels ou non, qui ne partagent pas mon analyse. La question du rapport mère-enfant autiste est une question qui mérite d’être développée et débattue de manière spécifique.

Cependant, dans le cadre de l’interview que j’ai accordée en confiance à la réalisatrice Sophie ROBERT, il n’a été à aucun moment question d’autisme dès lors que mes propos, bien plus nuancés qu’ils ne paraissent, étaient destinés à s’inscrire dans un documentaire sur la psychanalyse pour ARTE et non pas sur « la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme ».

Après avoir découvert l’existence de ce documentaire diffusé sur Internet et après l’avoir visionné, j’ai demandé à Sophie ROBERT de retirer mes interventions dès lors qu’elles étaient dénaturées au regard du sujet abordé. Cette demande n’a pas été suivie d’effet.

Je fais aujourd’hui l’objet d’attaques particulièrement virulentes, qui outre le fait qu’elles excluent toute possibilité de dialogue, ne servent aucune cause.

J’espère que mes explications permettront, en particulier aux parents d’autistes, de mieux comprendre ma position réelle.

La psychanalyse est un assez extraordinaire moyen d’approcher l’humain dans ses zones les plus inaccessibles. Il m’est arrivé d’écrire que chacun de nous n’est rien d’autre qu’un chaînon dans une histoire qui se transmet, le plus souvent à son insu, de génération en génération selon une logique sur laquelle il n’est jamais facile d’avoir un contrôle.

Si j’ai entrepris une psychanalyse personnelle et que je continue d’investir la psychanalyse comme – je viens de le dire - un précieux instrument de lecture du monde, je n’ai jamais cessé d’être pédiatre. C’est à dire que le bien-être des enfants et celui de leurs parents a été constamment au centre de mes préoccupations professionnelles. À cet égard, je n’ai pas trahi Freud qui enseignait qu’une fois installée, la maladie évolue pour elle-même. Quand il m’arrivait par exemple de me demander pourquoi un enfant faisait une laryngite, je mettais cette question de côté, et j’administrais d’abord et avant tout à mon patient son traitement de cortisone.

Mon rapport avec l’autisme s’est situé dans une perspective absolument identique.

À l’époque où j’ai commencé à en rencontrer, je ne savais pas plus que n’importe quel pédiatre ce qu’il en était. Je savais seulement que les psychanalystes étaient les seuls praticiens à s’y intéresser et à s’en occuper. J’ai vite repéré ceux qui avaient une éthique solide et de nature adjuvante de ceux dont la seule visée semblait se résumer dans une regrettable  culpabilisation des mères.

Je me suis heurté aux psychanalystes, même ceux que je fréquentais en toute amitié, quand, médecin jusqu’au bout des ongles, je me suis intéressé aux premiers travaux médicaux qu’entreprenaient l’équipe de Tours. Je supportais de paraître “traître à la cause”aux yeux de certains, dans la mesure où il me semblait important d’explorer sans exclusive toutes les voies qui se présentaient.

J’ai vu, à cette époque, éclore sous mes yeux un autisme chez une fillette que je suivais depuis la naissance. Sa mère, américaine, était allée consulter aux États-unis et en était revenue en me parlant des méthodes de rééducation. J’ai approuvé sans réserve sa décision de quitter la France pour faire bénéficier sa fillette de soins plus appropriés et je me suis réjoui qu’elle eût pu le faire.

C’est alors que j’ai revu, après deux années d’absence, un enfant chez lequel j’avais porté très tôt le diagnostic d’autisme. Il était tout simplement méconnaissable. Il avait progressé comme aucun de ceux que je voyais de temps à autre et qui étaient suivis par des psychanalystes. La mère de cet enfant m’a expliqué l’évolution de son état. Elle avait réussi, au prix d’un travail gigantesque et épuisant, à se former elle-même aux méthodes de rééducation qui n’existaient pas alors en France. Il m’a semblé tellement important de donner la plus grande publicité à ses résultats, que je l’ai encouragée à écrire son histoire et j’ai fait publier son livre chez mon éditeur, sous un pseudonyme qu’elle s’est choisi (Tamara Morar : Ma victoire sur l'autisme - Odile Jacob, 2004).

Je n’ai pas cessé, depuis, de m’intéresser aux progrès de la recherche scientifique en la matière. Je me félicite des progrès qui font désormais de ce qu’on appelait « autisme » des TED (troubles envahissants du développement) aux nombreuses nuances qui requièrent des traitements spécifiques. On découvrira sans doute qu’ils sont dus à une mutation génétique ou à une perturbation d’autres facteurs qui interviennent dans le développement.

Bien qu’ayant connu l’époque où l'état dans lequel se trouvaient les enfants atteints de ces TED et leurs parents était terrifiant, bien que je me réjouisse des progrès accomplis aussi bien dans la compréhension de ces troubles que dans l’aide qui en découle, je continue de regretter infiniment l’absence de structures susceptibles de leur apporter plus d’aide encore et d’ouvrir un tant soit peu un avenir qui continue d’être fermé.

Et je ne veux pas terminer cette mise au point sans assurer tous les parents – sans lesquels rien n’aurait été possible –, et en particulier toutes les mères des enfants atteints de ces troubles, de ma profonde sympathie et plus encore de mon admiration.

Aldo Naouri